
Frère Maurice-Marie GEORGE
est né le 7 mai 1924 à Châlons-sur-Marne.
Aîné d’une famille de 8 enfants, il entre à 21 ans, en 1945, dans la Congrégation des Frères Missionnaires des Campagnes que le Père Epagneul venait de fonder en 1943 à La Houssaye-en-Brie (Seine-et-Marne).
Il a été en mission dans différents Prieurés de France, en particulier en Seine-et-Marne,
dans l’Yonne,
dans le Tarn-et-Garonne,
avec comme activité principale un travail professionnel de plomberie.
En 2004, il arrive à la Maison de retraite du Neubourg (Eure) dans le but d’accompagner le Frère René-Marc Goeury assez handicapé qui décédera l’année suivante.
Resté seul FMC dans la Maison de retraite, mais en lien avec les Frères de Bernay et de Canappeville, le Frère Maurice-M. était très actif : jouant avec les résidents pour les distraire, les aidant dans leurs déplacements.
Il était là pour les conseiller dans leurs démarches ou leurs correspondances.
Très actif aussi avec les personnes de l’Aumônerie de cette Maison de Retraite ; son ordinateur servant à préparer messes et célébrations...
Hospitalisé à Evreux pour des examens médicaux, il décède subitement le 3 décembre 2009.
L’inhumation s’est faite à La Houssaye-en-Brie en Seine-et-Marne, lieu de la Maison-mère des Frères, le lundi 7 décembre.
Il y aura bientôt soixante ans, le 2 octobre 1949, je faisais partie du groupe de Frères qui faisait profession ce jour-là.
J’avais 25 ans.
A défaut d’expérience, nous avions certes la confiance et l’enthousiasme des départs pour une grande cause. Nous n’avions pas trop d’idées préconçues quant aux moyens à mettre en oeuvre mais, comme les disciples, nous nous mettions à la disposition du Christ pour vivre ensemble en fraternité, tâcher de discerner ce qu’il attendait de nous, être envoyés par lui dans les campagnes, essayer d’être de modestes témoins de l’Évangile.
1944-1945, pour le pays et pour l’Église de France, c’était l’époque déjà de la liberté retrouvée et de la reconstruction envisagée.
Nous étions du côté des modernes, un peu grisés par les perspectives infinies du "progrès". Les sciences scripturaires presque démuselées, une prière et une liturgie dépoussiérées, une catéchèse débarrassée du dogmatisme et revenant à l’Évangile, l’histoire (presque) affranchie des silences et des tabous, la foi en l’homme...
Naïveté ou instinct chrétien, en faisant nos premières armes de "missionnaires", nous n’éprouvions alors aucune prévention à l’égard de quiconque. Nous avions l’a priori d’aimer les gens, le culot de manifester de la sympathie pour toutes les catégories sociales, les domestiques de ferme comme les exploitants, les pratiquants comme les personnes soupçonneuses envers la religion ou même franchement hostiles.
Il faut savoir que dans les débuts nous nous sommes tous interrogés avec surprise - inquiétude, soupçon et déception pour certains - en constatant que le Père Epagneul, toujours si brillant dans les grandes perspectives et si méticuleux pour l’organisation de la vie religieuse et communautaire, nous "faisait confiance", comme il disait, quand il s’agissait du concret de la vie apostolique. Carence ou sagesse ? Les urgences de la vie matérielle et des relations publiques concernant le développement si rapide de la fondation, le souci - malgré son audace - de rester dans des normes acceptables aux yeux du "magistère", l’ont sans doute empêché d’envisager avec le recul nécessaire l’évolution des temps.
D’où les frictions des années 55-65 dans la Congrégation. Je pense qu’une partie de ce que l’on déclare être notre "charisme" : être avec, vivre avec, faire corps, a pris naissance du fait que, ne sachant trop comment travailler à "récapituler dans le Christ" la vie des hommes et des femmes, le monde rural, la société, nous avons commencé par le commencement, à savoir : vivre en amitié et fraternité avec les gens de notre entourage dans la vie de village et la vie de travail.
Alors je dirais heureuse et sage carence qui ne nous a pas enfermés dans une idéologie !
La plante mise en terre par le Père Epagneul a été malmenée par les intempéries de la sécularisation, par la transformation inouïe du monde rural et de la société, emportés sur les vagues d’un libéralisme matérialiste et inhumain.
Malmenée aussi par nos infidélités, nos frilosités ou nos raideurs.
Mais la plante était robuste. Elle a accueilli avec passion l’eau fraîche du Concile Vatican II. Malgré sa petite taille, elle a poussé des racines jusqu’au Portugal, en Afrique, au Brésil.
Elle peut avoir l’air chétif, mais elle bourgeonne encore !
Les deux ordinations diaconales des Frères Alain et Pierre le 15 juin 2008 à St Sulpice, les premières professions des Frères Eloge, Emmanuel, Etienne, François-Xavier, Mathieu, Parfait et Stéphane, le 4 octobre 2008 à Pama (B.F.), les professions perpétuelles des Frères Urbain et Louis le 27 décembre 2008 à Ouahigouya (B.F.), les entrées en noviciat de Paul, Serge, Pascal et Stéphane le 25 janvier 2009 à Pama, le professionnalisme missionnaire de tous les Frères dans les prieurés, le soin apporté à la prière, est-ce que tout cela n’est pas signe de vie et de fidélité ?
J’ai douté, parfois, je l’avoue. Et j’avais tort. La vieille Sarah avait ri sous cape aux propos des trois voyageurs, la pauvre Anne priant dans le sanctuaire pour avoir un garçon avait subi les sarcasmes du grand-prêtre, la rumeur traitait Élisabeth de femme stérile.
Et voilà que les anges proclament que rien n’est impossible à Dieu.
Que le Seigneur, malgré nos indignités,
achève ce qu’il a commencé !
Deo gratias !
Frère Maurice-M. GEORGE
Bulletin InFMC - Noël 2008
Homélie de la messe d’inhumation
La Houssaye-en-Brie
7 décembre 2009
Par le Fr Hubert-Louis de Goy
Nous sommes pleins de contradictions. Elles nous constituent. Dieu nous conduit à les dépasser pour le rejoindre.
Évoquant son itinéraire spirituel dans un de ses remarquables articles (« Aujourd’hui la Bible » Tome 2 page 243 ou Fascicule 55 - Page 29), Maurice rappelle des longues soirées d’été de son enfance.
Avalé par la terre, le soleil a déjà sombré. Couché sur le dos, il suffisait de tourner légèrement la tête pour découvrir l’espace entier. Au couchant, les choses étaient encore dans la lumière dorée ; à l’opposé, le ciel était déjà noir et profond sans que l’on put dire où commençait la nuit...
Ainsi sommes-nous lumière et ténèbres.
Nous voulons une vie féconde, donnée, sans parvenir à nous oublier nous-mêmes. Longue quête jamais achevée ici-bas.
Maurice, vers les 5-6 ans, a entr’aperçu Celui dont tous ont faim et qui lui demeura inoubliable.
Enfant, il chercha à le capter par le sentiment, adolescent par le savoir (histoire, science, philosophie et même les Écritures).
Mais Dieu ne se laisse pas mettre la main dessus. C’est bien plutôt lui qui nous poursuit !
C’est ainsi, continue Maurice, que « j’assistais par hasard à une représentation de « l’Annonce faite à Marie ». Ce fut un choc. La jeune fille Violaine, magicienne campagnarde, transformait en amour et en réconciliation la cupidité et la haine. Ce choc ouvrit des sources en moi. (Des mots souvent entendus prenaient sens)
Pour comprendre l’amour, il ne fallait ni sentir ni savoir : il fallait aimer.
Aimer ressemblait si peu au rapt de Dieu auquel je m’efforçait depuis longtemps. »
Mais, entre comprendre et faire : il y a un monde.
« Enfin j’ai abandonné cette opiniâtreté à vouloir faire la conquête de Dieu, écrit-il. Si Dieu est quelque part, c’est dans les hommes qu’on peut le trouver. Son visage se cache sous chaque visage rencontré. »
« Il est dans l’apprenti qui travaille avec moi, il est dans cette cliente parvenue aux exigences imbéciles et dans ce pauvre type deux fois désintoxiqué que ses camarades poussent à boire et aussi d’une manière moins cachée dans ces garçons et ces filles qui ont sacrifié leurs vacances pour collecter papier et ferrailles pour une Haute-Volta qu’ils n’ont jamais vue. »
« Pour découvrir Dieu qui est là, il faut le supplier d’envoyer son ange qui nous réveillera de nos assoupissements et de nous laver sans cesse les yeux. . . Et si des hommes pouvaient, à travers nous, le reconnaître ! »
Cette attention et ce regard, Maurice le manifestera de manière très concrète en accompagnant Frère René-Marc Gœury dans les derniers mois difficiles de sa vie, au Prieuré de Montricoux (Tarn-et-Garonne) puis à la Maison de Retraite du Neubourg (Eure).
Cette attention aux autres qui révèlent Dieu, Maurice l’a exercée par le Journal Paroissial de Charny et la Chronique des Frères et des Sœurs des Campagnes, tant par ses articles que par la ligne éditoriale de ces périodiques.
N’oublions pas non plus ses enquêtes, celle des Frères en travail salarié.
Maurice était rigoureux et consciencieux : jamais il n’aurait modifié d’un iota un texte à paraître sans en référer à son auteur. En tout il se voulait « professionnel », il prévoyait et mettait tout au point.
Cette rigueur et cette minutie n’allait pas sans difficulté. Les aléas de la vie ou ce que proposaient et apportaient celles et ceux qui travaillaient avec lui remettait en cause ce qu’il avait prévu . Quel combat !
C’est dans ce débat permanent entre conquête et don, aveuglement et foi, contrôle et accueil de l’imprévu, que Frère Maurice s’est acheminé vers cet ultime soir qu’il entrevoyait. Il a franchi cet horizon mystérieux où Dieu dévoile enfin son visage, il nous met à table et passe de l’un à l’autre nous servir lui-même.
La part d’enfance, d’étonnement admiratif que Maurice a toujours gardé pourra s’en donner à cœur joie face à l’éternelle séduction de Celui qui a réuni son peuple en liesse !
Frère Hubert-Louis de Goy
aux obsèques du Fr. Maurice-M. GEORGE
La Houssaye-en-Brie
7 décembre 2009
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