
Texte de Frère Claude écrit à l’issue du camp :
Il
y eut un soir
Il y eut un matin ...
Dieu dit : « Faisons l'Homme à notre
image
mâle et femelle Il les créa ...
Dominez la terre, soumettez-là ... »
au
bord du chemin du prieuré.
Une maison d'homme.
Il
nous attendait.
Visage souriant, accueillant,
chargé d'années, apaisé.
A
ses côtés se tenait sa femme.
Une femme de la montagne.
« Je
suis née là-haut au chalet.
En ce
temps-là, à la belle saison,
Les
femmes qui attendaient un bébé montaient à l'alpage,
Elles
s'occupaient à faire les fromages.
Ma mère
a pu redescendre à un chalet plus bas : c'est là que je suis née.
Le
dimanche suivant, mon parrain me portait à l'église,
En
bas, pour y être baptisée.
Plus tard, il m'a dit : « tu étais petite, mais tu étais
lourde ! »
« Venez,
entrez »
D'un coup son petit atelier fut rempli.
« Il y a longtemps que vous travaillez le bois ? »
« Mon père le faisait déjà.
Il faisait des seilles pour les vendanges et pour l'eau des animaux.
Il en faisait même pour être portées par les ânes, avec un côté plat.
Ils avaient deux ou trois vaches. La vie était dure...
J'ai continué la terre en travaillant à l'usine. C'est depuis la
retraite, il y a 20 ans,
Que je me suis mis vraiment à travailler le bois. »
Tout
en parlant il avait sorti une sorte de caissette avec des petites planches.
« Vous voyez, ça c'est du pin, un pin spécial, il pousse à 1 500 m en
montagne. Il se travaille bien.
Ça c'est du noyer. Ils ont presque tous gelés durant l'hiver 56. »
Il donne encore leur nom aux autres planchettes : merisier, pommier,
poirier, érable, tilleul, châtaignier.
« Vous voyez comme il est dur celui-là ? »
Avec une gouge il joignait le geste à la parole
« celui-là est plus tendre, plus facile à travailler.
Le bois vous savez c'est comme les femmes, il faut le prendre dans le bon sens
sinon ça ne va pas ! »
Soumettez
la terre : le bois lui était soumis, mais lui aussi se soumettait au bois.
« Dominez la terre, soumettez-la »
A la salle des fêtes du village, le maire l'avait invité. Durant une
bonne heure il nous fit découvrir les cachettes secrètes de l'eau dans cette
région de la Maurienne.
Eaux
de pluie, de la fonte des neiges et des glaciers.
Eaux des massifs calcaires et des rivières souterraines.
Eaux qui s'infiltrent aux 1 000 failles des granits.
Eaux du fond des vallées dans leur lit de sable et de graviers.
Eaux de la nature bonne à boire et à capter.
Eaux de la nature contaminée par la nature : le gypse, l'arsenic,
l'uranium,
Contaminée
aussi par l'homme, ses décharges, ses troupeaux, ses chasses d'eau...
Observer,
comprendre, chercher, analyser,
Améliorer, enseigner, partager ses connaissances à l'université de Chambéry
ou dans la salle des fêtes du petit village de Chatel.
« Dominez
la terre ... soumettez-la ... »
Il
nous a emmené à l'écart du hameau voir deux bacs où poussent des roseaux.
« Les eaux usées, que pouvons-nous en faire ? »
Pendant deux ou trois ans, ils ont cherché, une visite à une installation
nouvelle dans les Bauges les a séduits. Au conseil, le choix s'est fait à
l'unanimité.
« Au village nous en profitons pour enterrer les fils électriques
et ceux du téléphone.
Economie,
écologie.
Merci
Mr le Maire.
Loué
sois-tu Seigneur !
pour ces hommes et ces femmes d'ici
et
de partout.
Ces hommes et ces femmes
au
beau visage
ces hommes et ces femmes
à
Ton image.
5
août 2004, à Chatel
Fr
Claude